C'est avec l'envoi de ce texte que tout a recommencé : le fait d'écrire, de montrer ce que j'écris, d'oser ! Etre éditée dans ce recueil m'a encouragée à continuer.
30 mars 1997, 00h40.
Tu es merveilleux,
je viens de naître,
enfin.
2 juillet 2020, 21h15.
Tu es vivant,
je viens de mourir,
un peu.
Une gare déserte, un train de fret à l'arrêt. Sur le quai, ton corps déchiqueté.
Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau, tu es parfait.
Un petit bout de chair rose et gluant qui n'a besoin
que de moi.
Mon cœur a doublé de volume, pour toujours, quoi qu'il arrive.
Mes tripes de mère savent que c'est très grave.
Mon instinct d'infirmière sait que c'est une
catastrophe.
Nous grandissons ensemble, mon lièvre de mer, mon lapin solaire.
Je ne vois plus que toi, je ne vis
plus que pour toi.
On s'aime le plus fort du monde.
Tu voulais juste monter sur ce wagon et faire une photo.
Le clic est devenu boum, le flash un arc
électrique et la photo souvenir de ce jour s'est gravée dans ta
chair au passage des 26000 volts.
Cheese.
Mon bonheur, ma lumière, ma merveille.
J'aime tout de l'enfant, de l'adolescent, du jeune homme
que tu deviens.
Tous mes voyants sont au rouge.
La peur et la douleur implosent en moi et déchirent ma raison.
Je
te couvre de mon corps d'automate au passage du TGV qui nous frôle.
Je hurle.
Pas un jour ne passe sans que tu ne me dises « Je t'aime maman ».
Pas un jour ne passe sans que je
remercie le ciel de ma chance.
Les pompiers t'arrosent.
Les urgentistes te scopent, te piquent, te shootent.
Les gendarmes
m'inondent de questions, m'éloignent.
On nous sépare, on veut me protéger.
Puis quelques mots
avant qu'on ne t'endorme pour longtemps : « Mais tu sais maman, à part ça, je suis heureux ! ».
Puis le silence.
Un mois de silence.
Un mois de coma, de roulette Russe.
Vivra ? Vivra pas ?
Un
mois d'impuissance à regarder ce corps inerte que des tuyaux et des machines maintiennent en vie.
Et cette question lancinante, omniprésente et cauchemardesque... « C'est tellement horrible, n'aurait-il pas mieux valu... ? ».
S'en vouloir d'y penser, se haïr de flancher, se maudire de peut-être préférer
la mort à cette souffrance insupportable.
« Maman, je vais te dire un secret ! Quand je serai grand je veux être Père Noël ! Mais il ne faut pas
le dire, pour pas qu'on me pique l'idée !! ».
Je t'avais promis que ton souhait se réaliserait et je ne
t'avais pas menti.
Tu es mon Père Noël et ta vie est mon plus beau cadeau.https://www.lanouvellerepublique.fr/niort/niort-le-nouveau-livre-de-franck-ayroles-dedie-aux-femmes-et-a-leur-fondation
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