dimanche 2 mars 2025

Concours Médecins du Monde, "Festival des gros maux" 2023 (Soigner les injustices) : deuxième prix catégorie Texte d'éloquence.

 Texte inspiré par mon métier, exercé comme une passion pendant plus de 30 ans. Ce texte a été interprété à Paris, au Ground Control lors d'une soirée de gala à laquelle je n'ai pu assister pour cause de tempête !




Je panse donc j'essuie.


Je panse.

Je panse des corps.

Des corps abîmés, blessés, accidentés, cassés, usés, rouillés, bancals, amputés, brûlés, émaciés, décharnés, exténués.

Des corps au bout du chemin.

Je panse des cœurs.

Des cœurs pleins de douleur, de peur, de haine, de frustration, de colère, de défaillance, de chagrin, d'épuisement, de dépression, de renoncement.

Des cœurs à bout de souffle.

Je panse des âmes.

Des âmes naissantes, fragiles, sensibles, délicates, en puissance, belles, généreuses, fortes, folles, battantes, fatiguées, éprouvées, meurtries, terrifiées, abandonnées.

Des âmes au bout de leur destin.


Donc j'essuie.

J'essuie des peaux.

Des peaux dures, tendres, douces, flétries, rugueuses, râpeuses, ridées, burinées, des peaux de toutes les couleurs, des peaux à fleur et des muqueuses, aussi.

J'essuie des larmes, de la sueur, de la bave, des crachats, de la morve, de la pisse, de la merde, du vomi, du sang, des fluides corporels de toutes les couleurs, textures, odeurs et de la pourriture, aussi.

J'essuie des fronts, des yeux, des bouches, des oreilles, des aisselles, des mains, des seins, des dos, des culs, des pieds et des sexes, aussi.


J'essuie toutes les misères de ce monde.

J'essuie des revers de fortune, des refus, des griffures, des morsures, des insultes, des regards tordus, du mépris, des ordres, des contre-ordres, les lâchetés, les tirs croisés de ceux qui souffrent, de ceux qui les aiment, de ceux qui prescrivent, de ceux qui ordonnent, de ceux qui légifèrent, de ceux qui paient, de ceux qui dirigent et de ceux qui s'en foutent, aussi.


« J'y pense et puis j'oublie » disait-il.

Je panse et je n'oublie pas, car quand je panse, je suis et je laisse un peu de moi, aussi.

2 commentaires:

  1. Je ne trouve pas les mots pour exprimer cette force de tes mots, cette empathie que je ressens en lisant ces maux.

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  2. Je me relis et je sens surtout la souffrance du soignant. J'ai un erratum à écrire je crois, sur la beauté de ce métier 😊. Voilà un projet qui point 🙂

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